La Direction de Chœur, volume 1

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Extrait de Philippe Caillard, La Direction de Chœur, volume 1

III - Mise en œuvre avec le chœur

En troisième lieu apparaît enfin le chœur : c'est le travail en répétition. Le chef, le chœur et l'œuvre sont enfin réunis.

motivation et plaisir des chanteurs

Bien des chanteurs amateurs viennent à leur répétition pour y trouver un double plaisir : celui de rencontrer d'autres personnes ayant des goûts semblables et celui d'une pratique artistique. Selon les groupes et selon les moments, l'une ou l'autre de ces deux motivations est prédominante ; pour la bonne marche de sa chorale, le chef de chœur doit en tenir compte et éviter de considérer les chanteurs comme des instruments à son service...

Les choristes ont plaisir à chanter sous la direction d'un chef de chœur lorsqu'ils se rendent compte que ce dernier :

  1. sait clairement où il veut musicalement conduire le groupe (il a donc une image sonore mentale précise),

  2. donne avec affabilité des indications claires, brèves, faciles à comprendre (il sait transmettre des informations aux chanteurs),

  3. fait progresser l'exécution, par étapes successives, vers l'objectif indiqué (une réalisation proche sans doute de son image sonore initiale).

Si ces trois conditions ne sont pas remplies, le hasard intervient dans l'exécution, le résultat est généralement médiocre, l'ennui et le découragement s'installent.

Notons cependant que des événements sonores imprévus peuvent parfois être fort intéressants à retenir.

faire progresser l'œuvre

Pour atteindre la réalisation sonore qu'il s'est proposée, le chef de chœur doit découper l'œuvre en phrases plus ou moins longues, si possible en relation avec sa structure, et procéder à un travail de détail (expressif et technique). Cette dernière obligation pose de réels problèmes de méthode si l'on veut éviter aux chanteurs le risque de se décourager.

Que l'œuvre ait été préalablement préparée en répétitions de pupitres, ce qui me paraît souhaitable, ou qu'elle ne l'ait pas été, nombreux sont les moments où, pour résoudre une difficulté, il est nécessaire de faire chanter ces pupitres isolément.

Mais quand l'un d'entre eux chante, les autres se taisent ; si l'attente est trop longue, la motivation de ceux qui se taisent s'atténue ; c'est pourquoi je propose d'éviter aux chanteurs de rester plus de deux minutes successives sans participer au travail.

Participer au travail ne signifie pas forcément chanter ce qui figure sur la partition. On peut, de temps à autre, demander aux chanteurs d'accompagner en bouches fermées le pupitre que l'on fait travailler, sans regarder le chef, dans un but de synchronisation à l'oreille plutôt qu'à l'œil ; on peut leur demander de chanter seulement les entrées dans les passages en imitations, ou d'écouter ceux qui chantent et dire brièvement si le passage étudié a progressé ou non, leur demander d'identifier les erreurs, etc.

Lorsque les deux minutes de travail de détail sont passées, il est bon de situer de nouveau le passage travaillé dans une séquence polyphonique plus longue, cela pour deux raisons :

  • Le travail de détail apporte un progrès dans l'exécution du fragment étudié.

  • Le retour à la polyphonie permet aux chanteurs de prendre conscience de ce progrès et de conserver ainsi leur confiance et leur motivation ; il procure en outre un sentiment de détente après la forte concentration qui a précédé.

L'expérience m'a montré qu'un chœur se lasse moins vite si le chef est capable de faire alterner en de très courtes séquences le travail de détail et la polyphonie ; il est normal cependant que la lassitude apparaisse après un long moment d'étude efficace ; il est bon alors de chanter une autre œuvre ou une autre partie de la même œuvre, d'écriture et d'expression différente.


 Dernière mise à jour : 26/09/02